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Ethnologie & Anthropologie


Marguerite Dupire
L'Organisation sociale des Peul : Etude d'ethnographie comparée

Paris. Librairie Plon. 1976. 624 p.


Avant-Propos

Quelles similitudes peuvent présenter des communautés qui, bien que parlant les dialectes d'une même langue, présentent des types d'économies divers et comptent six millions d'individus dispersés en zone soudano-sahélienne de la pointe sénégalaise jusqu'au delà du lac Tchad ? En face d'une aussi grande diversité dans les conditions de vie écologiques, économiques et les antécédents historiques et culturels, une entreprise comparative peut sembler une gageure. Elle se justifie cependant sur le plan des institutions sociales. Les premiers explorateurs et voyageurs, ainsi que les observateurs contemporains qui ont traversé l'Afrique occidentale ou y ont vécu, n'ont pu manquer de signaler le particularisme des groupes peul et de s'en étonner. Parce que ces Peul sont des sang-mêlé, qu'ils se consacrent avec passion à l'élevage de zébus ou de bovins au milieu d'agriculteurs sédentaires, on a échafaudé sur leurs origines les théories les plus contradictoires. Néanmoins, en dépit de nombreuses publications les concernant 1, la connaissance des dialectes fulfulde demeure incomplète 2 et la littérature ethnologique assez fragmentaire.

L'ouvrage présenté ici se tient délibérément à l'écart des reconstructions pseudo-historiques 3 ; il ne propose pas d'inventaire bibliographique ; il n'a pour but que la comparaison de sociétés peul qui ont fait le sujet d'enquêtes de première main couvrant les aspects essentiels de la vie sociale.

Pour faire apparaître l'incidence des facteurs écologiques et économiques sur les types d'organisation sociale ou leurs variantes, l'idéal eût été de comparer des sociétés d'éleveurs, d'agriculteurs et d'agriculteurs-éleveurs. Bien que la plupart des grands blocs culturels et géographiques peul comprennent ces sous-types — Bororo et Farfarou dans le secteur oriental, Boowe et Foula en Guinée, Fulaaɓe et Habooɓe-Rorooɓe en Sénégambie — l'importance numérique des groupes pasteurs est très inégale et à l'exception des Bororo ils n'ont pas donné lieu à des études de terrain approfondies. Il y a à cela plusieurs raisons. Les Boowe et les Fulaaɓe sont géographiquement moins concentrés, économiquement et culturellement moins différenciés que les Bororo. Les Boowe comme les Foula sédentaires sont rattachés à des paroisses et les mariages sont assez fréquents entre les deux groupes. Enfin les Foula ou les Habooɓe sédentaires qui choisissent de se consacrer à un pastoralisme plus intensif s'intègrent dans les communautés d'éleveurs Boowe et Fulaaɓe et de ce fait concourent à l'unification culturelle de ces sous-groupes.

La connaissance des groupes peul les plus pasteurs est loin d'être achevée et nous devrons nous contenter, pour les Boowe et les Fulaaɓe, d'observations personnelles faites au cours de brefs passages ou de notes de quelques rares auteurs. Leur étude comparative présentera plus d'intérêt lorsque seront publiés les résultats de l'enquête que poursuit actuellement P. Riesman chez les Peul de la région de Djibo (République de Haute-Volta, devenue Burkina Faso).

Non seulement ce parallèlisme entre pasteurs et agriculteurs n'est pas possible dans l'état actuel de nos connaissances, mais un bloc peul important, celui du Macina, demeure peu exploré, du moins en ce qui concerne l'anthropologie sociale 4.

Malgré ces failles inévitables, cette étude présente des sociétés nomades, semi-nomades et sédentaires appartenant à trois blocs géographiques et culturels distincts :

Lorsque j'entrepris, de novembre 1950 à novembre 1952, une enquête ethnographique chez les Peul nomades ou Bororo du Niger et de l'Adamawa, je n'avais pas d'intention particulière. J'abandonnai l'espoir de retrouver les traces d'une religion préislamique originale que laissait supposer l'existence en langue fulfulde d'une classe nominale énigmatique (nge) dans laquelle voisinent la vache, le feu et le soleil, pour me consacrer surtout aux différents aspects des techniques pastorales et de la vie sociale. Je constatai, en travaillant à la rédaction d'une monographie sur les Woɗaaɓe nomades, qu'un des problèmes que posait cette société patrilinéaire, celui de son endogamie, n'avait chance de s'éclaircir qu'à l'échelle comparative. Si cette endogamie était un phénomène lié à un certain genre de vie nomade, c'était dans un groupe peul très sédentarisé que devait s'effectuer la contre-épreuve.

C'est pour cette raison que je choisis les Foula de Guinée française où, d'avril à septembre 1955, je tentai de compléter la documentation remarquablement précise et objective de G. Vieillard, en faisant porter particulièrement mon enquête sur l'organisation des lignages à l'intérieur de la paroisse et les types de mariages pratiqués par ses membres. Ces conquérants musulmans sédentarisés présentaient une endogamie agnatique aussi fréquente que celle des Bororo nomades : celle-ci était donc incontestablement liée à d'autres facteurs que le genre de vie ou la seule influence islamique.

Ni chez les uns, ni chez les autres les enquêtes n'avaient révélé les traits matrilinéaires, que laissaient pourtant entrevoir les publications de H. Gaden sur les Peul et Toucouleur du Fouta-Tooro. Aussi je décidai d'aller étudier au Djolof les groupes Latyé et Jengelɓe (septembre 1955-mai 1956) qui ont conservé un style de vie pastoral. C'est au Saloum enfin, de mai à septembre 1961, que j'allai chercher le troisième groupe peul important de Sénégambie, celui des Habooɓe, dont quelques éléments émigrés avaient été entrevus au Djolof.

Une brève enquête (20 mars-20 mai 1962) au Sénégal oriental, dans le cercle de Kédougou, menée pour le Centre de recherches anthropologiques dirigé par le Dr R. Gessain et ayant pour but de déterminer les caractéristiques des éléments peul qui s'y trouvaient, permit de les rattacher au groupe culturel Foula. A la fin de ce séjour j'allai identifier les Rorooɓe dans la région de Tambacounda et les Fulaaɓe dans la région de Sélibaby (Mauritanie) et constatai qu'ils se rattachaient au rameau Habooɓe.

De janvier à mai 1961 et en juillet 1962 je retournai au Niger, mais pour y participer à la mise en place d'une enquête statistique sur la démographie et l'économie pastorale de la République, ce qui ne me permit que de brefs contacts avec mes anciens informateurs Woɗaaɓe. L'insuffisance et l'imprécision de mes premières données de terrain sur la composition et les relations des unités sociales nomades, pour les besoins de l'étude comparative entreprise, me ramena, d'avril à juillet 1965, dans un groupe migratoire Woɗaaɓe de la région de Tahoua que j'avais visité en 1951.

Les études de C. E. Hopen sur les Peul de l'émirat de Gwandu, qui diffèrent peu des Farfarou que j'avais eu l'occassion de rencontrer au Niger, celles de D. J. Stenning sur les Woɗaaɓe du Bornou et un certain nombre de publications sur les Peul orientaux et sénégambiens — les Foulacounda en particulier — ont permis d'élargir cet inventaire comparatif.

Sur le terrain, les registres des tribunaux coutumiers, les archives administratives et des informations de source européenne — celles provenant en particulier des services de l'Élevage et des Eaux et Forêts — ont été utilisés dans la mesure du possible.

Pour chacune de ces études de terrain je me suis efforcée de délimiter l'ensemble culturel étudié et ensuite de faire porter l'enquête à l'intérieur d'unités représentatives de l'ensemble ou des sous-groupes qu'il contenait. Mais rien n'est plus difficile que d'établir les limites d'une société, même lorsqu'elle possède des frontières géographiques ou politiques apparentes. Les Woɗaaɓe du Niger, ceux du Bornou, les Woɗaaɓe, les Jafun, les Aku de l'Adamawa se considèrent comme des unités culturelles distinctes et ont été traités comme tels.

Les Woɗaaɓe du Niger, dont la population était d'environ 50.000 en 1950, se divisent en deux lignages maximaux, l'un plus islamisé que l'autre. L'enquête a donc porté sur les deux lignages dans les régions de Tahoua et de Tanout 5. Les Bororo Woɗaaɓe, Jafun, Aku, concentrés dans la région de Meïganga (plateau de Ngaoundéré) sont par contre beaucoup moins nombreux (respectivement 1.200, 4.600, 1.500 en 1950) mais débordent en Oubangui-Chari. Leurs fractions étant numériquement faibles, un assez grand nombre d'entre elles ont été visitées, tandis que l'enquête chez les Aku, plus hétérogènes et plus profondément haoussaisés, fut plus sommaire.

Pour l'étude des Foula (population totale de la confédération politique estimée à 750.000), c'est une paroisse de la région de Labé, en plein coeur du Fouta-Djallon, qui fut choisie. Le village de Dionfo était suffisamment important (3.420 habitants en 1955) pour qu'y fussent représentées toutes les catégories sociales et une diversité de lignages de clans différents. L'enquête socio-politique déborda sur sa misiide d'origine, Tarambali. Ces données s'ajoutaient à celles que G. Vieillard avait recueillies plus particulièrement dans le [canton] cercle de Mamou et dans un certain nombre de villages des régions de Labé et Dalaba où il avait été chef de subdivision, et à la monographie du village de Dantari dans la subdivision de Pita (260 habitants), réalisée par la mission démographique de Guinée.

Chez les Latyé du Sénégal l'enquête a porté sur 32 villages d'hivernage du cercle de Linguère (population : 9.500 environ en 1955, débordant dans les cercles de Dagana et Podor) appartenant aux groupes lignagers les plus importants dans cette région (Ururɓe, Bisinaaɓe, Bakarnaaɓe) qui sont aussi les plus structurés. Ce choix donne une image légèrement déformée du groupe Latyé dans son ensemble, puisque les membres de lignages autonomes marginaux ou plus récemment assimilés sont proportionnellement moins représentés que dans la réalité. L'attirance vers les éléments organisés d'une société est une tendance inévitable de l'anthropologue, mais il semble nécessaire de la souligner. C'est également dans les lignages politiquement dominants que D. J. Stenning a surtout travaillé au Bornou, son intérêt s'étant essentiellement porté sur les transformations politiques résultant de la création de l'état musulman de Sokoto.

L'enquête chez les Jengelɓe (10.800 dans le cercle de Linguère), menée parallèlement à celle des Latyé, fut beaucoup plus brève et concentrée dans un seul village, Nboussoɓe, à 14 km. de Dahra sur la voie ferrée. Considéré comme un des plus traditionnels, ce village est plus important et plus homogène que la moyenne des villages actuels résultant de l'éclatement et de la dispersion des anciennes agglomérations. Il fut retenu pour son intérêt historique et parce que les conditions y étaient favorables à la collecte d'informations sur des coutumes en voie de disparition (héritage utérin en particulier).

Le choix de l'échantillon 6 Habooɓe s'avéra plus difficile. En effet les Peul du Saloum (population d'environ 40.000 en 1960) que leurs voisins appellent Habooɓe, refusent ce surnom pour se dénommer d'après leurs régions d'origine. Une enquête sommaire dans trois villages de la région de Birkelane ne révéla pas de divergences importantes entre ces sous-groupes qui s'intermariaient. Je décidai donc de poursuivre l'étude des Habooɓe dans le Saloum oriental — arrondissement de Koungel — où ils étaient les plus nombreux, à la fois dans les anciens villages du Sud et dans les nouveaux villages du Nord où émigrent les familles possédant les plus gros troupeaux. Par contre chez les Rorooɓe et les Fulaaɓe je n'ai pu faire que de rapides passages qui permirent, en les identifiant sommairement, de les situer par rapport aux sous-groupes culturels occidentaux.

Les techniques d'investigation sur le terrain ne diffèrent guère de celles communément employées en ethnographie. Je me suis efforcée de prendre contact avec toutes les catégories d'individus, car l'abus d'un ou de quelques informateurs privilégiés présente des risques de distorsions individuelles et j'ai cherché à étayer observations et informations par des données quantitatives.

Le traitement comparatif des matériaux offrait certaines difficultés. D'une société à l'autre ils étaient en effet plus ou moins complets et recueillis selon des procédés sensiblement différents. Mais la question majeure qui se posait était de savoir quels éléments comparer et où établir des coupures à l'intérieur d'ensembles continus.

La comparaison de systèmes dans leur totalité — quels que soient son intérêt et sa validité — nécessite une connaissance préalable des types de relations, de la composition et des fonctions des unités sociales, des normes, des institutions. Elle présuppose aussi une attitude intellectualiste de détachement culturel, fort éloignée de celle de l'ethnographe de terrain, préoccupé de présenter non des squelettes bien charpentés mais des sociétés vivantes avec leurs contradictions et leur dynamique interne. Enfin plusieurs de ces sociétés étant à peu près inconnues il a semblé indispensable d'apporter d'abord les éléments bruts ou n'ayant subi qu'une analyse et une catégorisation immédiatement contrôlables par les faits. C'est dans la même optique que des figures ont été jointes au texte, exprimant les données d'observation à un niveau d'abord descriptif puis schématique, plus abstrait et plus général.

C'est aussi pour permettre des comparaisons ultérieures qu'ont été retenues les têtes de chapitres usuelles qui correspondent aux grands principes de classement des phénomènes sociaux. Les modèles autochtones, conscients ou même latents, ont été décrits comme tels et distingués des schémas interprétatifs sociologiques, lorsque ceux-ci en différaient, ce qui n'est pas toujours le cas. Mais un modèle n'est jamais qu'une justification a posteriori d'un ensemble de faits qui, par leurs relations respectives, constituent la réalité d'un système social. Système vécu et système pensé ne peuvent être confondus ni sacrifiés l'un à l'autre.

A l'intérieur de ce découpage arbitraire en chapitres, l'aspect dynamique de chaque société a été préservé le mieux possible par l'étude des variations dans le temps d'une institution (mariage, héritage), des rapports positifs et négatifs — c'est-à-dire des décalages — entre certaines institutions, et des apports culturels éventuels.

Par delà cette présentation classique, l'effort d'analyse s'est plus particulièrement porté sur les aspects originaux et fondamentaux de ces groupes peul : une certaine conception de l'union matrimoniale (chap. I) alliée à des mécanismes endo-exogamiques qui par leurs effets socio-politiques sont à la base de la dynamique des groupes (quatrième partie).

Un index alphabétique a été joint au texte, bien qu'il puisse favoriser des interprétations erronées en isolant les faits de leur contexte. L'index vernaculaire en particulier doit être utilisé avec précaution car le même terme, en passant d'une société à l'autre, recouvre souvent des réalités différentes.

J'ai tenté dans le dernier chapitre de faire apparaître des covariations entre propriétés, suggérant la possibilité de relations causales. Cependant un traitement statistique de données quantifiées exige certaines conditions rarement réalisées en anthropologie sociale, particulièrement lorsque des ensembles numériquement faibles se trouvent décomposés, pour les besoins de l'analyse, en sous-unités de plus en plus petites. Pour cette raison, je me suis contentée d'établir des polygones de fréquence dont la comparaison ne peut avoir la portée d'indices de corrélations. J'ai préféré néanmoins présenter ces matériaux sous cette forme, avec les restrictions nécessaires, bien que la méthode pour les exploiter ne soit pas au point.

L'avenir de l'ethnographie comparative réside, semble-t-il, dans une réduction du champ d'observation, une objectivation des données empiriques et une précision plus grande des méthodes d'analyse. C'est vers la comparaison de sous-groupes d'un même ensemble culturel, présentant suffisamment de points communs pour que les divergences apparaissent significatives à l'aide d'un traitement tenant compte des variations de tous les facteurs différentiels, qu'il faut orienter ses efforts. L'ethnographe devra choisir les unités sociales susceptibles d'une telle comparaison à petite échelle qui, idéalement, se rapprocherait d'une situation expérimentale. Une approche de ce genre présuppose néanmoins une connaissance générale de la culture dont ces unités à comparer font partie, que seules peuvent donner des enquêtes exhaustives sur le terrain et des monographies descriptives.

La transcription qui a été adoptée est phonétique, c'est celle de l'Institut International Africain avec quelques variantes : chaque consonne est représentée par un signe…, tandis que, comme il est d'usage dans la quasi-totalité des transcriptions du fulfulde, on n'a pas tenu compte des différences phonétiques des voyelles, celles-ci n'ayant pas de valeur phonologique. Les implosives ont été transcrites par des majuscules dans les textes accompagnant les figures. Les noms de groupes ethniques, de clans et les noms propres ont été francisés dans la mesure du possible.

[Cette version Web du livre de M. Dupire se conforme à l'alphabet du Pular/Fulfulde adopté par le groupe d'experts de la Conférence de l'Unesco sur l'orthographie des langues africaines (Bamako, 1966). Précisément, ma transcription applique la norme Unicode. — Tierno S. Bah]

C'est à tous ceux, Peul pasteurs et sédentaires, qui m'ont accueillie pendant ces années de terrain que je dédie ce travail. Puissent-ils le trouver véridique et ne point tenir rigueur à l'interprète de leurs coutumes, de sa forme froide, abstraite et impersonnelle, imposée par les règles du genre. Une autre attitude serait aussi trahir la retenue et la réserve qu'ils m'ont appris à respecter.

Qu'ils m'excusent de ne pouvoir évoquer ici que quelques figures, certaines disparues, auxquelles s'adressent mes remerciements.

Parmi les Foula, je dois beaucoup à Tierno Falilou de Dionfo, Tierno Zakaria de Sabéré-Jaaje, Tierno Malal de Tarambali, aux chefs de paroisses de Tarambali et de Dionfo et à tous les chefs de fulasoo et de lignages.

Au Ferlo, Koïlel, Latyé Jalalo de Pitel-Dikdo, grâce aux connaissances acquises aux cours de ses voyages, à ses qualités d'observateur et de généalogiste, a pu non seulement satisfaire ma curiosité mais aussi l'orienter vers d'autres objectifs comparatifs. Demba Soya So, Jengeljo, assesseur au tribunal de Linguère, me dirigea à travers le labyrinthe du système successoral. Je trouvai aussi auprès des chefs de fractions 'Ururɓe, Bisinaaɓe, Bakarnaaɓe, du chef de village de Nboussoɓe, Alaji Baba Koura et de sa famille, de Jam Kundo Munyan et de Samba Penda Nolo des informateurs bienveillants et avertis.

Au cours des visites que je rendis, au village Habooɓe de Sobel-Jamjam, à Pâté Sira Ba, que rongeait la maladie, je compris que la résignation pouvait être une source de sagesse et j'appréciai sa précieuse impartialité.

Je garde aussi le souvenir de l'accueil des Woɗaaɓe du Niger et particulièrement des Njapto'en et des Jijiru que je revis en 1961 et 1965, et qui renouèrent sans effort le fil de nos anciennes conversations.

De nombreux Européens ont aussi facilité matériellement ma tâche, qu'ils soient administrateurs, fonctionnaires des services de l'Élevage et des Eaux et Forêts, foreurs, acheteur de bétail, géologue, pasteurs protestants, commerçant, et je leur exprime toute ma gratitude.

Les plus longues de ces enquêtes de terrain (1950-52, 1955-56) ont été réalisées grâce à deux bourses de l'Ecole française d'Afrique et à l'appui constant de l'Institut français d'Afrique noire et de son ancien directeur, le professeur Théodore Monod, qui ne cessa d'encourager les initiatives personnelles dans tous les domaines de la recherche africaniste.

Ce travail serait probablement resté en chantier sans les conseils et le soutien moral du professeur R. Bastide qui le dirigea dès le début. Je remercie aussi ceux de mes collègues — le professeur P. F. Lacroix, le Dr A. Retel, A. Hauser — qui lurent ou annotèrent tout ou partie du manuscrit, ainsi que E. de Dampierre qui assuma sa révision et sa préparation technique. Je dois l'exécution de la majeure partie des figures au trait à M. C. Lambert, dessinateur attaché au Musée de l'Homme, et leur achèvement à J. M. Chavy.

Qu'il me soit permis maintenant, sans autre préambule, d'entrer dans le vif du sujet.

Launoy, le 25 janvier 1969.

Notes.
1. La bibliographie exhaustive rassemblée par Christiane Seydou comprendrait plus de 800 titres.
2. Lacroix (1964).
3. Stenning (1959) pp. 18-20, a résumé les théories émises sur l'origine des Peul.
4. Voir la bibliographie, 3e partie.
5. Voir Dupire (1962), Avant-propos.
6. Le mot échantillon est partout employé dans le sens de fraction de population choisie d'après des critères ethnologiques et non par méthode de sondage aléatoire.