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Kaidara
Récit Initiatique Peul
Rapporté par Amadou Hampâté Bâ
Edité par Lilyan Kesteloot & Alfâ Ibrâhîm Sow

Classiques Africains. Paris. Julliard. 1969. 181 p.


       Table des matieres      

Kaydara — Strophes 1550-1580

ana mettoo ko heddii ko suuwinoo e muni.
Hammadi ana jogii togodoowi siini
waran kala gorko mo mo tawi suudu makko.
Mo dunyiri heese baafal suudu makko. 1550
Mo tawi nedhdhanke ana fooccii e daman ngala.
Noon deekiiko ana dow leese yeeso
to ɓuri luggidde ley nduu suudu leloyii.
Hammadi laaɓanaa oo baaliidho damugal
oon suka-gorko koynudho debbo makko 1555
mo Tuumo jaɓaali laamnudeb joopoyli dhum.
Mo soorti kic hebloyii faa fiira gujjo
gujjo ndimaaku nde mo wii faa mo yuwa dhum
mo nani hono sawtu moodibo makko laaɓdo
gorel nayewel mo noorol mum ogiingol 1560
wiyoy mo « Tuumo ! » Hammadi nantid junngo.
Hammadi miccitii tataɓere ko waajii
moodibo makko wii « Pati tuumo gollir! »
Hammadi soorni laɓi mum naayoyii faa
mo nanngi mo dimmbi balawal dhaanoyiidho 1565
sagata mo duuɓi noogay pawdi gootel
tekkudho terdhe ndoɓu yakaweree nde weeyi
mo nanngoy daande Hamma mo ɓilli semmbe
fa laɓi mum saami Hammadi suumoyiima.
Mo anndaa fuu no watta so ɓiltoyoo dhoo. 1570
— « Aan homo jumpi babbam suudu muudhum
fa itta hurum nduu ndu worbe njaagii? »
— « Adha nii suuma kam fiiltam ngolonti!
min woni Hamma! » Ndeen debof Hamma maati
mo annditi daande ndee jom-suudu makko. 1575
— « Hammadi-Hamma yoppittg! oo yo bammaa! »
Yo nii fii worri Hammadi nyannde dawnoo
mo suddoy Kumburu tan nii weeti ɗanni.
Ndee yaaɓannde wootere Kumburu reedi.
Goriiko dawi faa yoga wii majjinaama 1580

Notes
a. damal ngal. b. laaɓ(i)nude, laaɓnude, laamnude. c. laɓi est sous-entendu. d. nanngiti. e. yaawude sanne. f. debbo. g. yoppitu.

pour lécher les dernières gouttes où baignait la mèche.
Armé d'un poignard, Hammadi avait pris la décision
de tuer tout homme qu'il trouverait dans sa case.
Il poussa doucement la porte de sa maison.
Une personne était allongée devant la porte.
Sa compagne occupait un lit plus loin
au fond de la pièce où elle reposait.
Hammadi eut la certitude que l'homme de la porte
était l'amant qui déshonorait sa femme
et que Soupçon sans détail avait évoqué.
Il dégaina son poignard, s'apprêta à frapper
celui qu'il croyait être le voleur de dignité.
Il entendit une voix claire semblable à celle de son maître
le petit vieux à la colonne déformée
lui crier : « Soupçon! » et Hammadi retint sa main
et se souvint de la troisième leçon de son maître
qui disait : « N'agis jamais par soupçon! »
Il rengaina son couteau et vers le dormeur s'inclina,
le saisit par l'épaule et le secoua.
Un jeune homme de vingt-et-un ans
solidement charpenté, avec une hâte agile bondit,
saisit le coude de Hammadi et le serra si fort
que le poignard lui tomba des mains
et qu'il étouffa sans savoir comment se dégager.
« Qui es-tu pour violer le domicile de mon père
et lui ôter la vénération que tous les hommes lui portent ?
— Tu m'étrangles ainsi, desserre !
je suis Hammadi! » Et sa femme comprit
et reconnut la voix de son mari.
« Hammadi-Hammadi relâche-le ! c'est ton père ! »
En effet, Hammadi était parti en voyage
au lendemain de son mariage avec Kumburu 1
et celle-ci avait conçu dans ses premiers rapports.
Son homme s'en alla dès l'aube, on le dit disparu

Notes
1. Comme il y a sept noms prévus pour les garçons, il y en a cinq pour les filles, le nombre d'enfants idéal étant 12 (7 garçons et 5 filles). Ce sont :
Dikko, la première née
Kummba, celle qui attache
Pennda le petit pagne épais
Dado ou celle qui se ceint les reins pour bien travailler
Takko, accolée aux entrailles de sa mère.
S'il y en a une sixième, on l'appellera Dikko-Dimmo (Dikko bis).
Koumburu est une augmentation de Kummba, si celle-ci est bien en chair !